Maxime Chattam est un auteur que j'aime beacoup.

Dans ses romans, il nous conseille toujours un fond sonore pour accompagner nos lectures.

Afin de savourer la lecture de ce billet, je vous conseille:

"Quand il pète il troue son slip" de Sébastien Patoche.

 

"Les grands chefs sont les moins vaniteux de tous les artistes. Deux fois par jour, aux toilettes, le sort qu'ils font subir à leur oeuvre les rappelle à l'humilité indispensable à tout créateur" - Jean Yanne

 

Ah l’école, que de souvenirs ça nous évoque ! On a tous en tête un maître ou une maîtresse qui nous a marqués.

Moi je me rappelle de mon maître de CM2. Je l’ai adoré. Pourtant fallait pas le titiller parce que ce n’était pas un tendre. Combien de fois je l’ai vu tirer des oreilles, ou les petits cheveux qu’on a juste au-dessus de celles-ci ? Il y a même une fois où il a jeté sur un camarade une éponge qu’il avait auparavant imbibée d’eau parce qu’il parlait avec un autre…

Moi je l’adorais. Sans doute parce que j’étais cool, genre gamin gentil et qui travaille bien, du coup je n’ai pas eu le droit à tout ça !

 

Je suis moi aussi devenu maître d’école. Je ne sais pas si je laisserai un super souvenir à mes élèves mais je peux vous dire qu’il y en a qui m’a marqué. Et je pense que je me rappellerai de lui toute ma vie.

Lui, c’est John. Enfant du voyage, ­6 ans et la même voix que la doublure française de Stallone. Plutôt petit pour son âge, les cheveux bruns très courts - parce que la tondeuse c’est moins cher que l’coiffeur - et le nez qui coule. Vert. Tout le temps…

Ce jour-là il portait des bottes en plastique qui devaient appartenir à son grand frère - parce qu’un jour il aura la même taille de pieds – et un survêtement, trop grand mais qui était bien à lui parce que normalement à 6 ans on mesure plus qu’un mètre. Comme le survêtement était trop grand, sa maman avait eu la bonne idée de coincer le pantalon dans les bottes. Gardez bien ce détail en tête, il a toute son importance…

 

La matinée démarre de manière classique : on se dit bonjour, on parle un peu de ce que les enfants ont fait la veille et j’explique le programme de la matinée.

On démarre, ça bosse et tout d’un coup, j’entends John (je précise que je n’invente rien, il a réellement parlé comme ça) :

« Maître ! (avec la voix de Stallone je vous rappelle)

- Oui John ?

- J’ai envie d’chier ! »

Je ne vous cache pas la surprise … « Bah vas-y, tu sais où sont les toilettes. » Et le voilà parti, marchant avec ses bottes trop grandes et les pieds en-dedans.

On se remet tous au boulot quand un élève me dit quelques minutes plus tard : « Maître, y’a John qu’est revenu. »

Je me retourne et je le vois appuyé contre le chambranle de la porte, tout piteux, avec le nez qui coule encore plus que d’habitude.

« Ca va John ? » je demande. Pas de réponse, il lève simplement les yeux vers moi et tourne la tête de droite à gauche, la morve suivant le mouvement.

« Qu’est-ce qu’il y a ?

- J’me suis chié dessus !

- Tu veux dire que tu en as eu un petit peu dans le slip ?

- Nan !

- Tu as pu aller jusqu’aux toilettes quand même ? (je sens la sueur qui commence à couler dans mon dos) »

Pas de réponse, juste la morve qui s’agite de gauche à droite.

Punaise, me voilà bien.

« Et y’en a beaucoup ?! »

Ce coup-ci la morve va du menton au front. Ça veut dire oui. Merde.

 

Me voilà bien. 6 enfants du voyage dans la petite salle de classe dont un qui s’est laissé aller dans son slip.

Heureusement que je suis dans une école dite « d’application ».

Vous allez me dire : « C’est quoi une école d’application ? » Je vous réponds que c’est une école dans laquelle travaillent des maîtres formateurs.

Vous allez me dire : « C’est quoi des maîtres formateurs ? » Je vous réponds que ce ne sont pas des gros pervers, mais des gens qui savent tout sur tout et qui regardent leurs collègues comme moi de très haut. En gros, juste au-dessus d’eux, c’est le soleil.

 

Heureusement donc que je suis dans une école comme ça. Pourquoi ? Bah parce que nos « Mozart » de l’éducation, nos « Zidane » du savoir, ont droit à une journée par semaine pendant laquelle ils sont en salle des maîtres à boire du café et à faire croire qu’ils bossent. Oui, une journée pendant laquelle ils ne sont pas devant les élèves.

Et cette journée ils la passent à l’école. Pour les plus bêtes hein. Parce que les plus futés restent chez eux – bah oui…

Bon je divague et le sujet n’est pas centré sur le fonctionnement de l’école !

 

Je descends donc mon John dans la salle des maîtres.

Je toque, pour ne pas les réveiller.

« Heu, j’ai un souci avec John.

- Qu’est-ce qui se passe ? (en retenant un bâillement)

- Bah il s’est fait dessus. Je peux vous le laisser pour le changer ? Je dois remonter travailler avec les autres. »

L’ambiance est moite tout d’un coup…

« Attends, je vais plutôt monter avec eux pour finir ton travail !

- Bah d’habitude vous me refilez tous les enfants du voyage quand ils arrivent à l’école… C’est étonnant que là tu acceptes de bosser avec eux…

- Euh oui mais bon là de toute façon, c’est un garçon et toi t’es un homme alors c’est mieux pour le changer. Pis j’ai plus trop envie de boire mon café là…

- Mais t’as fini de lire le journal ? Je voudrais pas t’embêter…

- … »

On m’indique où se trouve la douche pour emmener John se nettoyer. Ça commence à embaumer sévère.

« Bon John, tu sais te laver tout seul ?

- Nan.

- Alors c’est aujourd’hui que tu vas apprendre. Mets-toi dans les toilettes à côté pour te déshabiller et on passe à la douche. »

Et le voilà qui commence à enlever ses vêtements. J’ai récupéré un sac en plastique dans la salle des maîtres et je lui demande de mettre ses vêtements sales dedans.

Il enlève son pull, me le tend, j’ouvre bien le sac plastique pour qu’il comprenne qu’il doit le mettre lui-même dedans.

Il fait la même chose avec son tee-shirt et baisse ensuite son pantalon, et son slip.

Le temps est suspendu, un ange passe, tout semble au ralenti. Ce petit bonhomme est complètement couvert de merde ! Y’en a partout ! Lui si blanc a la peau noire de crotte !

Retour à la vitesse réelle. Vous vous rappelez des bottes ? Il ne les a pas enlevées alors qu’il a le pantalon et le slip en bas des jambes !

« John !

- Quoi ?

- Tes bottes, tu ne les as pas enlevées !

- Ah merde ! »

Pris de panique il tente de les retirer mais avec le pantalon qui lui bloque les chevilles, ce n’est pas simple. Il perd l’équilibre, mais heureusement il cale ses fesses contre le mur des toilettes et se laisse glisser par terre pour enlever son pantalon.

Ouf, il va pouvoir y arriver seul.

Je relève la tête et je constate avec effroi qu’il a foutu de la merde partout sur le mur !! Et par terre ? Aussi !! Et en plus il s’en est mis plein le dos en se laissant glisser contre la paroi pour s’asseoir !!

Je me pince, je me donne des claques, je vais bien finir par me réveiller, mais je ne dors pas !!

Bon on n’est plus à ça près. Je le laisse se déshabiller et ça ne me fait même rien de le voir poser ses pieds nus et propres dans ce qu’il a étalé par terre…

Avant de passer à la douche, il doit mettre ses affaires dans le sac en plastique que je lui tends à nouveau.

L’odeur est horrible alors je tends mes bras vers lui en tournant la tête du côté opposé. Je suis en apnée, je respire comme je peux, je suis sûr que je ressemble à un poisson qu’on a sorti de l’eau et qui se retrouve à l’air libre.

Je sens le sac qui devient de plus en plus lourd à mesure que John le remplit. Soudain, peut-être parce qu’il se sent trop confiant et qu’il ne regarde plus ce qu’il fait, je sens quelque chose sur ma main !

Je regarde et vois avec horreur que son slip est posé dessus ! LE SLIP !!! Le vêtement qui en a pris le plus ! Sur ma main !!

Quand ça t’arrive avec tes gosses, ça peut passer, mais avec les gosses des autres, ce n’est tout simplement pas possible !

Je suis pris de hauts le cœur, il faut à tout prix que je me lave la main et que je me retienne de vomir.

« Allez, tu sors des toilettes et tu vas dans la douche pendant que je vais chercher des vêtements de rechange. » lui dis-je en me dirigeant vers la porte.

Je reviens quelques minutes plus tard et m’amuse de voir des traces de pieds marron sur le carrelage entre la porte des toilettes et celle de la douche.

Ce qui m’amuse moins, c’est que les seuls vêtements que j’ai pu trouver à sa taille sont des vêtements de fille… Mais je suis sûr que les parents de John ne m’en voudront pas quand je leur raconterai toute l’histoire à 11h30, si ?