1986

Afin de savourer la lecture de ce billet, je vous conseille le fond sonore suivant:

La complainte du progrès de Boris Vian.

"Le progrès n’est que l’accomplissement des utopies." Oscar Wilde 

 

2014. On est jamais allé aussi loin dans le progrès, je te jure. Et ça a changé nos vies. Enfin la mienne surtout...

 

Avant, j'avais du 56K et je pouvais lire des livres pendant des heures le temps que se chargent les pages de mes sites préférés. Aujourd'hui, consulter ces sites me prend 15 minutes. Je n'ai plus le temps de lire.

 

Avant, je me déplaçais pour aller téléphoner, pour changer de chaine, pour aller chercher une recette, pour fermer les volets, pour aller dire à mon fils dans sa chambre que c'est l'heure de manger. Aujourd'hui, je fais tout ça grâce à mon smartphone. J'ai pris 25 kilos.

 

Avant, je pouvais faire des grimaces aux gens qui me téléphonaient et même me curer le nez. Aujourd'hui mon meilleur ami m'a passé un appel vidéo via Skype. Je n'ai plus d'ami.

 

Avant, j'étais le roi des créneaux. Aujourd'hui c'est encore plus simple avec mon radar de recul. Parfois je prends l'autre voiture qui n'en a pas. Je remplis des constats.

 

Avant, je mettais mes vieux CD dans mon cerisier pour profiter de mes cerises et chasser les oiseaux. Aujourd'hui toute ma musique est stockée sur mon PC. Je ne mange plus de cerises.

 

Avant, j'écrivais des mots doux sur papier et les donnais en main propre à la personne désirée. Aujourd'hui, j'envoie des SMS mais je me trompe de destinataire. Mon voisin fait semblant de ne plus me reconnaître.

 

Avant, mes amis me souhaitaient mon anniversaire. Aujourd'hui Facebook leur rappelle quand je suis né mais j'ai mis une fausse date. On ne me le souhaite plus le bon jour.

 

Avant, quand je voyais des policiers au loin, je leur faisais des doigts d'honneur pour délirer. Aujourd'hui ils ont des jumelles. Je suis poursuivi pour outrage à agent.

 

Avant, je mettais mon linge à sécher sur un fil pendant quatre heures. Aujourd'hui je mets mon linge au sèche linge pendant quatre heures. Je n'ai plus de vêtements à ma taille.

 

Avant, je n'avais que deux véritables amis et une vie sociale bien remplie. Aujourd'hui, grâce à Facebook j'ai plus de 300 amis. Mais je ne me suis jamais senti aussi seul.

 

Avant les écrits étaient éphémères: l'encre s'effaçait, les pages se déchiraient, les souvenirs disparaissaient. Aujourd'hui mes écrits sont stockés, je peux partir tranquille, mais enfants sauront à quel point j'étais barré.